Biographie d'André Marchal




Incontestablement, André Marchal (1894-1980) est bien l'interprète par qui l'Orgue Français s'est renouvelé.



André Marchal fut un des grands organistes du XXème siècle.


Elève de Gigout au Conservatoire de Paris, il devint professeur d'orgue à l'Institut National des Jeunes Aveugles et organiste de l'église Saint Eustache à Paris.
Il renouvela l'interprétation de Bach et donna un nouvel élan à celle de la musique française des 17° et 18° siècles.
Passionné de facture d'orgue, il fut une des figures de proue du mouvement «néo-classique»
Grand interprète de César Franck et génial improvisateur, il fit des tournées dans le monde entier et eut de très nombreux élèves.


André Marchal, né le 6 février 1894 à Paris, entra à l'Institut National des Jeunes Aveugles en 1903.
A 15 ans, son père l'emmena écouter Widor à Saint-Sulpice.
En 1911, il est admis au Conservatoire de Paris dans la classe d'orgue d'Eugène Gigout, organiste de Saint-Augustin, qu'il va suppléer fréquemment.
Il obtient le premier prix d'orgue et d'improvisation en 1913.
Il commence à enseigner à l'Institut National des Jeunes Aveugles, à remplacer son maître au Conservatoire et à donner ses premiers récitals de piano.

En 1915, à la mort brutale de son ami le compositeur et organiste Augustin Barié, il devient, à 21 ans, organiste titulaire de Saint-Germain des Prés.
Deux ans plus tard il obtient son prix d'excellence de fugue et de contrepoint dans la classe de Georges Caussade au Conservatoire de Paris.
Il est condisciple d'Arthur Honegger, entre autres.
Il épouse, en 1919, Suzanne Greuet, professeur de piano et d'harmonie à l'Institut des Jeunes Aveugles.
De cette union naîtra Jacqueline Marchal qui deviendra l'épouse d'un élève de son père : le compositeur Giuseppe Englert.
L'année de son mariage, André Marchal est nommé professeur d'orgue, d'improvisation et d'harmonie à l'Institut des Jeunes Aveugles, poste qu'il occupera jusqu'en 1959.

En 1921, il fait deux rencontres qui allaient exercer sur lui une influence considérable : celles du facteur d'orgues Victor Gonzalez et de son premier élève, le futur musicologue Norbert Dufourcq.
En 1922 se noue une autre amitié musicale importante pour André Marchal : celle de l'illustre organiste et compositeur Louis Vierne, rencontré à Notre Dame de Paris.
Ce dernier lui demanda de jouer, en première audition, sa Quatrième Symphonie le 24 janvier 1923 au Conservatoire de Paris.
De janvier à mars 1925, Marchal se produit au cours d'une première série de concerts publics à Paris, salle Gaveau.
Deux ans plus tard commence sa carrière de concertiste international.
Le nombre de ses concerts ne cesse de croître : 16 en 1930, 17 en 1935, 37 en 1938, 41 en 1947, 47 en 1949.
Il est nommé, en 1933, membre de la Commission des Monuments Historiques pour la restauration des orgues, au ministère des Beaux-arts

En 1935, il acquiert la villa Guereza à Hendaye-Plage, où il fait installer, par Victor Gonzalez, l'orgue « Jean Sébastien » et où affluent de nombreux jeunes organistes et amis.
Pendant les années d'occupation, il se produit dans de nombreuses villes de France, notamment pour les Jeunesses Musicales de France, et donne au Palais de Chaillot (1942-1943) une série de concerts, commentés par Norbert Dufourcq, ayant pour thème les grandes formes de la musique d'orgue.

En 1945-1946, y feront suite sur ce même instrument dix récitals Bach mémorables.
Il est nommé en 1945 titulaire du grand orgue de Saint-Eustache, succédant ainsi à Joseph Bonnet.
En 1950, il consacre à J.S. Bach dix nouveaux récitals au Palais de Chaillot, pour le deux centième anniversaire de la mort du compositeur, tous commentés par Norbert Dufourcq.
De 1954 à 1960 il participe aux festivals d'été de Saint Maximin la Sainte Baume (Var) qui attireront chaque année l'attention sur le magnifique orgue historique.
En 1955 il donne au Festival de Strasbourg un récital en l'honneur du Docteur Schweitzer pour ses 80 ans.
Il est promu officier de la Légion d'honneur en 1960.
A la demande de Nadia Boulanger, il est nommé professeur d'orgue au Conservatoire Américain de Fontainebleau.

En 1963, André Marchal démissionne de Saint-Eustache.
En 1965, il est nommé officier des Arts et des lettres
En 1966, décès de Madame André Marchal.
Il est élu en 1974 Président d'honneur de l'Association des Amis de l'orgue.
Il inaugure en 1975 l'orgue restauré des Couperin (Saint Gervais)
Il consacre à César Franck son récital du 6 juillet 1979 à Saint Sernin de Toulouse et à François Couperin son dernier récital donné le 26 au Conservatoire Américain de Fontainebleau.

Il s'éteint le 27 août 1980 à Saint-Jean-de-Luz.
Il est inhumé à Hendaye.

On ne peut citer ici ses innombrables concerts en France, qu'il s'agisse de récitals ou de concerts avec orchestre.
Sans doute, par la foule qu'ils attirèrent, par la ferveur avec laquelle ils furent suivis, par leur ambition et leur ampleur générales, les concerts du Palais de Chaillot restent-ils une des manifestations les plus mémorables du maître.
Ils n'ont jamais eu leur égal en France.

André Marchal se produisit dans la plupart des pays d'Europe.
On y trouve : Monaco, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne, le Royaume Uni (inauguration de l'Orgue du Royal Festival Hall), l'Espagne, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, l'Italie.
Il se fit entendre de nombreuses fois en Afrique du Nord : à Casablanca, Rabat, Alger et Tunis.
En Australie, il donna des récitals à Sydney, Melbourne, Brisbane, Adélaïde (en 1953, accompagné par Félix Aprahamian, critique musical du Sunday Times, qui fut son guide et son interprète)
C'est aux États-Unis qu'André Marchal développa le plus son activité de concertiste.

Selon Jacqueline Englert- Marchal, qui accompagna fréquemment son père, il fit 19 voyages outre Atlantique, dont 18 tournées.
Quelques points forts de ces manifestations américaines comportèrent des inaugurations d'orgues, de nombreuses master-classes et des séries thématiques comme les dix concerts J.S.Bach qu'il fut invité à donner à Cleveland en 1930, lors de son premier voyage.

En 1947, Walter Blodgett l'invite au Cleveland Art Museum, pour une série de concerts consacrés aux grandes formes de la Musique. Ces visites marquèrent le début d'une longue amitié entre la famille Holtkamp, facteurs d'orgues et André Marchal
En 1975, il se rendit à New-York spécialement pour inaugurer l'orgue du Alice Tully Hall au Lincoln Center.
La liste des concerts d'André Marchal démontre, si besoin était, son extraordinaire énergie, sa surprenante faculté d'adaptation, passant aisément d'un instrument à l'autre et sa maîtrise infaillible, servie par une prodigieuse mémoire puisque jamais il n'emmenait une partition avec lui !
Marchal connut personnellement de nombreux artistes : Francis Planté , Pablo Casals, Lazare&endash;Lévy, Arthur Rubinstein, Albert Schweitzer, Helmut Walcha, Nadia Boulanger, Vlado Perlemuter, les familles Alain , Casadesus, sans compter des compositeurs comme Gabriel Fauré, Arthur Honnegger, Francis Poulenc, Claude Delvincourt, Maurice Duruflé, Olivier Messiaen, Louis Vierne, Charles-Marie Widor, Charles Tournemire, Jean Rivier, Jean Langlais, Gaston Litaize.
Albert Roussel, Jan Sibelius, Benjamin Britten, Serge Prokofiev, Ralph Vaughan Williams écrivirent pour lui des thèmes d'improvisation.

(d'après Louis THIRY)


Pour André Marchal, l'enseignement de l'orgue était avant tout un enseignement de .....

A l'Institut des Jeunes Aveugles (où il exerça pendant de nombreuses années la fonction de professeur d'orgue) cet enseignement était dispensé chaque semaine et le maître n'y comptait pas son temps.
Les cours étaient partagés entre interprétation et improvisation.
Ils étaient collectifs car Marchal tenait à ce que les élèves s'écoutent les uns les autres, en évitant toutefois tout esprit de compétition : comme tout vrai maître, il savait respecter la diversité des personnalités
Après avoir écouté attentivement l'élève, il commentait son travail, et souvent, n'hésitait pas à se mettre lui-même à l'instrument, prêchant d'exemple et prenant donc des risques.
Mais ces risques, il les assumait avec le sourire, faisant passer la musique avant cette pseudo perfection technique tellement prisée actuellement.
Si la musique était sa principale préoccupation, la technique n'était cependant pas négligée pour autant.
Mais, en cette matière, son approche a toujours été très libérale : les gammes et autres exercices ne l'obsédaient pas; l'apprentissage technique n'était pas séparé de la musique, seul but à atteindre.

AVANT TOUT, C'ÉTAIT LA MUSIQUE !

Sa culture en ce domaine était considérable et il tenait à la faire partager à ses élèves et à stimuler leur curiosité.
Cette curiosité ne se limitait pas à la musique d'orgue.
Il lui arrivait parfois de se mettre au piano.
On a gardé également le souvenir des séances d'audition d'enregistrements au cours desquelles il mettait ses élèves en contact avec des musiques parfois très avancées.
Et puis, bien entendu, il y avait l'orgue.
Il en connaissait les grandeurs et les servitudes !

Il est banal de dire de l'orgue qu'il est le roi des instruments, de magnifier la richesse de ses timbres, la puissance de sa voix, la complexité de son mécanisme, la diversité de ses plans sonores, ses grandes possibilités polyphoniques etc.
Il est moins courant de signaler ses faiblesses et ses servitudes.
La grande faiblesse de l'orgue, c'est sa mécanisation :
Le chanteur, le flûtiste, le violoniste peuvent agir sur le son tout au long de son déroulement, le pianiste maîtrise l'intensité de ses attaques avec une grande subtilité.
Devant un son qui lui est donné tout fait, l'organiste n'a comme seul choix que de le bien attaquer et de bien l'arrêter.

Ce choix, s'il peut paraître restreint, touche cependant à un élément très important du discours musical: le temps.
Plus que tout autre musicien, l'organiste doit savoir que la maîtrise du temps est son principal moyen d'expression.
Maîtriser le temps c'est bien sûr choisir et savoir garder un tempo, mais c'est aussi quelque chose de beaucoup plus subtil: c'est savoir que le temps musical n'est pas régi par l'arithmétique et qu'une croche n'égale pas toujours une croche.
Ainsi toute l' agogique d'une phrase musicale va dépendre de délicates inflexions des durées qui la composent, durées que la notation est absolument incapable d'exprimer.
De cette spécificité du jeu de l'orgue, André Marchal a toujours eu une pleine conscience.

Sa vie intelligence, guidée par une intuition très sûre, lui a permis d'établir, sans dogmatisme, un certain nombre de principes qu'il a su partager avec les nombreux étudiants qui ont eu la chance de bénéficier de son enseignement.
Bien entendu, cet enseignement ne s'est pas limité à cet aspect (si important soit-il) de l'interprétation : dans ses cours, l'art de la registration et certaines notions de facture d'orgue tenaient une large place.

En ce qui concerne le répertoire, Marchal n'avait aucune exclusive.
On peut dire que dans sa classe, on fréquentait un répertoire s'étendant du quatorzième au vingtième siècle, les seules limites étant la difficulté de se procurer des partitions en braille.

André Marchal fut également un grand improvisateur.
Sa pratique de l'improvisation était marquée par la poésie, beaucoup plus que par le faux brillant et le spectaculaire.

La facture d'orgue, enfin, était aussi une des grandes passions du maître.
Il ne manquait jamais une occasion de parler des instruments qu'il avait connus dans ses nombreux voyages et cette connaissance n'était pas uniquement théorique: il mettait lui-même la main à la pâte; combien de fois l'a-t-on vu pénétrer dans l'instrument de la classe, pour resserrer un écrou ou accorder un tuyau ?

Certes André Marchal fut un maître remarquable, mais il fut aussi un homme de rencontre et d'amitié.
Pour l'amitié et pour la musique, il aimait rassembler autour de lui élèves et amis venant du monde entier.
Là s'exprimait, souvent avec une pointe d'humour, sa grande courtoisie qui, au-delà des conventions mondaines, venait vraiment du cœur.
Parmi ses très nombreux élèves, on peut citer : Norbert Dufourcq, Jean Langlais, Antoine Reboulot, Noëlie Pierront, Xavier Dufresse, Georges Robert, Louis Thiry, Jean Wallet, Jean-Pierre Leguay, Susan Landale, Arsène Muzerelle, Jean Laporte, André Pagenel, Anne-Marie Barat.
La liste entière serait trop longue à énoncer.
Marchal disait qu'il comptait « plus d'une quinzaine » de Premiers Prix d'Orgue au Conservatoire de Paris.

Quelques repères discographiques majeurs d'André Marchal

De ses innombrables enregistrements, on ne peut évidemment tout citer ici. Mais, s'il fallait retenir, après une difficile sélection, des enregistrements particulièrement représentatifs de l'art d'André Marchal, on recommanderait :

1 - Ses enregistrements des œuvres d'orgue de Jean Sébastien BACH. Et, plus spécialement, les œuvres enregistrées sur l'orgue du Zürich Grossmünster :
·    Préludes et Fugues en la mineur, si mineur et sol majeur. Festival classique FC 401 2347. Guilde du disque.
·      Prélude et fugue en ut majeur. Guilde du disque M .2377.
·      Pastorale en fa Majeur, 1964. FC401.2377.
·      Orgelbüchlein : les chorals de la série de Noël sauf le n°4 et 15. FC 401, 2377.
·    Chorals de Leipzig : « Schmücke dich » Festival classique FC443; Guilde du disque SMS 2447. « Jesus Christ unser Heiland » sur le même disque.

2 - Son intégrale de l'œuvre d'orgue de César FRANCK
·    Intégrale de l'œuvre pour orgue, à St. Eustache 1959. Erato LDE 3069, 70,71 / Encyclopédie de l'orgue - Grand Prix du disque 1959.

3 - Son intégrale de l'œuvre d'orgue de François COUPERIN
·      Messe à l'usage des Couvents (plus L'Ave Maris Stella de Titelouze), La Flèche, Prytanée militaire. Erato LDEV 30 25.
·      Messe à l'usage des Paroisses. Erato LDE 3106. et MHS 692.
·      Les deux messes (plus L'Ave Maris Stella de Titelouze) Erato Duetto DUE 20258.

4 - Deux rééditions en CD des premiers enregistrements à Paris, en 1936 et 1948, ainsi qu'un récital Bach sur son orgue personnel en 1956 : Arbiter 135 et 111 (distribution : Abeille-Musique).


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Mise à jour du site / update : 23-12-2016